Un grand jour....

Déroulement d'une journée, pas comme les autres...

Nous séjournons au Moogli Lodge, en bordure du parc, dans une maisonnette en torchis et toit de chaume... plutôt précaire mais charmante...
Notre ami (et guide), PREM, nous réveille à 5 h 30 ... lui est déjà réveillé depuis plus d'une heure... et le petit déjeuner est prêt : au menu, thé et pancakes....
Nous nous dépêchons de manger, après avoir sauté dans nos vêtements..... puis enfourchons nos vélos pour nous rendre à l'entrée du parc... nous devons y être à l'ouverture, le plus tôt étant le mieux, si nous voulons augmenter nos chances de voir le roi, le tigre....

Nous arrivons.... traversons l'head quater , nous croisons, à l'entrée du parc, quelques macaques curieux... qui nous toisent du haut de leur branche....
Nous nous retrouvons face à la rivière, après l'avoir traversée, nous devrons redoubler de silence, et d'attention... la nature nous guette déjà, mais nous ne le savons pas...
Nous préparons jumelles et appareils photos, au cas où...
puis entamons notre longue marche vers l'inconnu, le suspense... et la magie.

Après quelques mètres, nous apercevons déjà un troupeau de biches tachetées, qui poussent leur cri d'alarme, mais rongées par la curiosité, ne peuvent s'empêcher de nous observer pendant un instant, avant de prendre la fuite, dans un nuage de poussière.

Nous poursuivons notre marche, sur un sentier de terre, étroit... c'est beau.
Nous nous trouvons dans la saal forest, sorte de savane clairsemée; Il n'est pas rare d'y apercevoir des paons, majestueux,  survolant les arbres, au loin... toujours trop loin pour nos petits yeux d'humains.

Nous sommes attentifs au moindre bruit, au moindre craquement de branches, au moindre mouvement...
Nous sentons un peu de brise sur nos visages, il règne ici une plénitude.
L'air est doux, à cette heure de la journée... nous ne ressentons pas encore la chaleur... plus tard...

Nous arrivons à un autre bras de rivière... c'est l'occasion de marquer une courte pose... boire, se reposer et soulager un besoin naturel et humain : la pose pipi.

C'est alors qu'une fois ce besoin soulagé, Patrice revient vers nous en courant ! Rhino ! rhino ! venez vite !!!!

Nous arrivons... et stupéfaction ! à  peine à 40 mètres de nous, au bord de la rivière, sur le sable, s'abreuve une masse grisâtre gigantesque, mais paisible... un rhinocéros unicorne. Il semble que ce soit une femelle, portant un petit dans son ventre dodu.

Elle est splendide, et véritablement impressionnante. Elle nous semble sortir tout droit de la préhistoire... nous l'observons attentivement, sans un bruit... aucun mot ne nous vient à l'esprit, nous ne faisons que contempler ce spectacle... je ne sais combien de temps nous sommes restés là, sans bouger et sans détourner les yeux de l'animal.....

Puis elle s'en est allé lentement, s'enfonçant dans la forêt ... elle ne nous a pas remarqué... nous sommes aux anges et émus.

Nous décidons de traverser la rivière, pour nous rendre sur la berge opposée... nous devons retirer nos trekkings, et plonger nos pieds dans l'eau fraîche, nous ne nous attardons pas trop dedans, car le crocodile gavial n'est peut-être pas loin, et nous préférons faire ce type de rencontre en d'autres conditions.... si possible.

Nous marchons encore beaucoup... nous perdons la notion du temps ici... et des distances.

Nous traversons un autre bras de rivière, pour nous rendre dans la "terrible island".... qui se trouve être un lieu apprécié par les rhinos...
L'endroit est irréel, la forêt est dense, les troncs sont rosâtres , des fougères immenses nous barrent le passage , des ronces aussi...
Nous entendons craquer les branches, et crier des oiseaux, difficiles à identifier sans les voir de manière distincte.

Tout à coup nous apercevons derrière des branchages une tâche grise, comme un rocher... alors là, nous nous disons que nous sommes vraiment des veinards...
Un rhinocéros dort, vautré de tout son long sur le sol boueux... mais , petits novices que nous sommes, avons fait trop de bruit en nous approchant, et la masse grise ne tarde pas à se lever brusquement dans un raffut d'enfer, en grognant tel un cochon... puis s'enfuit à toute allure : un bulldozer .... et pour nous une bonne poussée d'adrénaline.
Nous restons un court instant bêtes et bouche bée... puis reprenons notre périple.

Nous sortons de "terrible island", puis restons en bord de rivière, pour le pic-nique : au menu : pommes de terres aux oignons, oeufs durs , pain tibétain, nous devons manger avec les mains car une foie de plus Prem a oublié les fourchettes ! nous apprécions bien ce repas, le cadre est splendide, le calme règne... et la marche nous a creusé.

le festin terminé, nous grimpons dans un arbre mort , couché sur la rivière... nous décidons d'attendre là, sur une branche stable, pendant quelques temps....
Nous avons une vue dégagée sur la berge et la rivière, autour, la savane domine... quelques "black-faces" , gros singes argentés au visage noir (d'où leur nom), d'environ 1 m de hauteur... sont perchés sur la cime de quelques arbres et scrutent l'horizon...

Tout à coup, nous entendons le cri d'alarme de biches, nous ne les voyons pas mais elles semblent pourtant bien proches de nous... puis les singes leur répondent, en poussant d'étranges gémissements et grognements... les singes et les biches communiquent et s'entraident ....
Prem nous met en garde : le tigre n'est pas loin....

A peine ces mots chuchotés, nous découvrons avec émoi un tigre majestueux... il viens de la foret et se dirige, à trente mètres devant nous, vers la rivière, pour se rafraîchir...
Ses pattes larges écrasent les galets, ses omoplates remontent derrière sa tête, à chaque pas...
Nous n'y croyons pas ! les éléments sont avec nous. Le vent nous est favorable, il ne nous a pas senti, il ne nous a pas entendu, pas remarqué ; il est dans son petit monde, dans sa bulle...

Il se désaltère, puis vient plonger son corps robuste et son pelage fauve dans l'eau ... ses oreilles suivent chaque son, elles sont marquées au dos par une petite tache blanche... il n'est pas de taille impressionnante, peut-être un jeune mâle, ou une femelle, difficile à dire....

Nous restons là, immobiles, retenant notre souffle, tentant de pas bouger, de peur d'être repérés .
Je l'observe dans mes jumelles.
Patrice le mitraille avec son vieux Canon manuel, il en abuse, son appareil est bruyant, trop bruyant.... je tente de l'interpeller discrètement pour qu'il arrête, il fait trop de bruit....
Trop tard, l'animal nous a entendu... il nous cherche de ses yeux jaunes perçants ... il ne met pas longtemps à nous repérer....
Il se tourne brusquement vers nous, sort de l'eau en trombe, reste une fraction de seconde immobile sur les galets, nous menace, il ne nous quitte pas des yeux !
Je suis décomposée... je ne bouge pas, personne ne bouge...
Nous attendons la suite... peu fiers... nous sommes tout petits.
Simple intimidation !!! il s'enfuit... il disparaît dans les feuillages...

Plus rien, plus un bruit.. les singes ne sont plus là non plus.

Nous redescendons de notre arbre, comme eux ! et là, je sens mes jambes flageoler...
Nous rentrons dans une sorte d'euphorie... nous parlons tous en même temps, tels des poules dans leur poulailler ! nous sommes fous de joie, de peur, de gratitude envers la Nature, pour ce qu'elle vient de nous offrir.... nous sommes des êtres comblés, et n'attendons plus rien d'autre de la vie, à cet instant, nous sommes les rois du monde !!!

Il est maintenant temps de penser à rentrer... nous sommes loin de l'head quater, et la nuit tombe vite ici...  nous marchons, tout en continuant de caqueter...

nous marchons au beau milieu d'une forêt épaisse et dense, des lianes s'enchevêtrent les une aux autres, au milieu des fougères...
l'extase !
Nous nous trouvons sur un sentier, il commence à faire sombre...
L'excitation commence à retomber, nous nous calmons...... pas pour longtemps !!!! Prem qui marche d'un pas rapide devant nous, stoppe net... nous nous trouvons face à un éléphant , un mâle immense, je ne réalise pas trop sur le moment, je reste bête ... mais prem  fait volte face et nous implore de fuir..... sans trop comprendre, nous le suivons.....
Le pachyderme ne nous a pas vu.
Il nous explique que les mâles sont très dangereux, s'ils sentent le moindre danger, ils foncent droit devant , tête baissée .... leur vue étant faible, s'ils distinguent le moindre mouvement suspect devant eux, ils chargent..
Nous ne demandons pas notre reste.

Nous pensons bon de nous diriger sur la berge, car l'animal est sans doute venu se désaltérer , donc nous l'attendons, tout en gardons une distance de sécurité suffisante.
Et le voici... tout est magique aujourd'hui.
Il descend, écrase les branchages et fini par atteindre le bord de l'eau... il aspire avec sa trompe une quantité d'eau incroyable, la recrache, un jet de lumière se mêle au jet d'eau... puis aspire de nouveau et enfouit sa trompe dans le fond de sa bouche pendante...
Il repart , au bout de quelques minutes... et nous faisons de même, mais dans des directions opposées !

Nous rentrons, la nuit tombe...
Nous sommes éreintés, mais comblés...

Nous regagnons le lodge, Prem nous prépare un bon dîner, je me précipite sous la douche (froide) pour me décrasser, des souvenirs pleins la tête... nous dînons , nous parlons, nous nous couchons... nous y retournerons demain.


Voilà l'histoire d'une journée à Bardia... une journée qui change une vie.


           


                SUNDARI WILDLIFE PROJECT